Il y a quelques semaines je pariais sur un deuxième tour dans lequel l’un des deux favoris, Hollande ou Sarkozy, ne figurerait pas. Force est de constater que les derniers sondages sont assez loin de me donner raison.
Pour autant, je persiste à dire que les français ne me semblent pas très enthousiastes à l’idée de ce second tour. Est-ce à dire que l’un de ces deux candidats pourrait-être élu par défaut ? Je le pense. J’ai le sentiment que ces deux candidats ne font pas rêver et les invectives qu’ils se lancent par médias interposés pourraient commencer à lasser les électeurs. La route est encore longue avant le 1er tour et nous ne sommes pas à l’abri de surprises.
Dans les prochains jours, Hollande va subir de nouvelles attaques sur son manque d’expérience internationale. La droite va en effet continuer à pilonner sur ce qu’elle considère comme une grave lacune. Les faits sont là. Le candidat du PS n’a pas effectué de voyages à l’étranger, excepté en Europe, parce qu’il n’a pas reçu l’assurance d’être reçu par les dirigeants de la Chine, des Etats-Unis,…. L’un des ses émissaires, Laurent Fabius, a du même écourter sa visite en Chine faute, lui aussi, d’être reçu par le pouvoir en place. Et il semblerait que le Président américain n’est pas très envie de s’afficher, en pleine campagne électorale, avec un socialiste français. Quand on veut diriger la 5ème puissance du monde, il faut quand même avoir un carnet d’adresse ou au moins quelques cautions à l’étranger. A sa place, je mettrai la priorité sur la stature internationale. C’est à ce niveau qu’il peut marquer des points mais cela nécessite de bien préparer cette séquence en terme de communication. Il y a là un beau challenge à relever mais vite…
S’agissant de Nicolas Sarkozy, il continue de payer au prix fort ses premiers pas de Président de la République avec sa petite réception entre amis au “Fouquet’s” ou ses vacances sur le Yatch de Vincent Bolloré. Ses tentatives d’explications hier soir sur France 2 ne sont pas convaincantes. Elles n’étaient pas très claires et elles étaient surtout excessives quand il reproche notamment à ses prédécesseurs d’avoir rendu visite notamment à des dictateurs en place. Rappelons, à toute fin utile, que l’ancien président Libyen a été reçu en grande pompe à Paris au grand regret de la secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme…Il y a chez le Président de la République un mélange d’assurance et de fragilité, “aidez-moi”. Sa volonté d’apparaître comme le candidat de ceux qui souffrent alors qu’il s’est glissé dans le costume du Président des riches ne fait pas illusion. La ficelle est jugée, par beaucoup, comme étant un peu grosse. Son atout c’est le handicap de Hollande. Sarkozy bénéficie d’une stature internationale que personne ne peut lui contester. Le candidat UMP le sait et il en joue. Il aurait tort de s’en priver. S’agissant de ses chances, elles sont, de mon point de vue, au moins égales à celles de François Hollande.
Derrière les deux grosses cylindrées, François Bayrou et Marine Le Pen peinent à convaincre même si les intentions de votes pourrait faire pâlir de jalousie bien des candidats et ex-candidats. Je pense à un certain Hervé Morin qui a eu la faiblesse de penser qu’il pourrait faire un résultat et être le porte parole des centristes après avoir gouverné puis critiqué ouvertement la présidence Sarkozy. Il y a la une forme de narcissisme et de double jeu que je n’aime pas beaucoup.
Je constate que le Président du Modem, François Bayrou, ne laisse pas indifférent quand il revendique son parcours politique, son intégrité, ses idées comme le “produire en France” ou l’idée d’un ministère de l’égalité, mais son problème majeur est qu’il ne fait pas rêver et de plus; quoiqu’on en dise il demeure isolé. Il lui manque cette petite flamme qui fait que l’on pourrait avoir l’envie de le suivre presque aveuglément quand il met dans le débat des notions de justice, de valeurs, de gouvernement d’union,…nous sommes tous sensibles à ces notions mais François Bayrou ne parviens pas à nous convaincre qu’il est le meilleur pour les appliquer. Non, décidément, François Bayrou ne fait pas (plus) rêver. “Le chevalier blanc” face à la “Sarkollandisation”, je n’y crois s’il n’accélère pas et ne fédère pas davantage autour de ces idées. Il faudrait faire une sorte de fusion entre son intégrité que personne ne peut vraiment contester et le tempérament “fougueux” d’un Dominique de Villepin. J’évoque ici les atouts de l’un et de l’autre sans effectuer un rapprochement sur les idées. Je ne crois pas que cela soit encore possible…
Il faudrait que les valeurs auxquelles croit François Bayrou se traduisent par un geste fort et spectaculaire. Souvenez l’effet dans les sondages de la gifle administrée à un gamin qui lui faisait les poches. Un réflexe naturel qui traduisait ces principes. Quelques secondes qui lui ont rapporté bien plus qu’une émission de télévision. Les français ont aimé le naturel et la spontanéité d’un père de famille.
En ce qui concerne Marine Le Pen, elle s’est engouffrée dans la brèche de la crise pour dire tout le mal qu’elle pense de l’Euros et tenter de convaincre sur ses propositions économiques. Un dossier qu’elle maîtrise mal et ça se voit. Elle n’est pas crédible. De nombreux électeurs ont très envie de se porter sur elle en signe de protestation mais aussi pour dire “et pourquoi pas elle, puisque après tout, les autres ne réussissent pas à nous sortir des difficultés…” Marine Le Pen subit également l’offensive de Nicolas Sarkozy qui, depuis son entrée en campagne, chasse sur ses terres, comme en 2007, avec une certaine réussite. Enfin, la candidate FN va devoir réussir à obtenir ses 500 signatures pour envisager plus sereinement la suite. Elle s’agite beaucoup sur ce thème pour exister mais je ressens néanmoins une certaine inquiétude. Imaginez qu’elle ne réussisse pas à avoir ses 500 signatures. Que se passe t-il ?
Les atouts de Marine Le Pen reposent sur sa verve, son sens de la formule qu’elle doit sans doute à son père. Son discours et ses idées interpellent et sont accessibles au plus grand nombre. Elle suscite la curiosité et en même temps beaucoup se retrouvent dans ce qu’elle dénonce.
Ces deux candidats challengers vont devoir impérativement relancer leur campagne pour espérer inquiéter les deux leaders des sondages. Ils vont devoir trouver le déclic. Ils devront compter sur une action spectaculaire qui, si elle se prépare, devra amplifier les qualités que les électeurs reconnaissent chez eux. Ce n’est pas gagné mais la campagne est encore longue, très longue…même si j’en conviens volontiers, la bipolarisation semble se figer.
Dans ce tour d’horizon des candidats qui comptent, je ne sous-estime pas Mélenchon. Le tribun, roi de la formule, pourrait dépasser les 10% et ouvrir une négociation redoutable en cas de victoire de Hollande. Je ne m’arrête pas sur Eva Joly, dont je ne conteste pas les qualités, mais qui est en train de rater sa campagne. Elle ne passe pas bien dans les médias et je constate que les Verts sont bien plus préoccupés par les postes qui pourraient leur revenir en cas de victoire de Hollande plutôt que par le pourcentage qu’elle pourrait réaliser. Je sens cette femme profondément isolé et pour tout dire abandonnée par son parti. D’autre part, j’ai le regret dire que son accent à du mal à passer. Affirmer cela n’est pas un acte raciste. Halte au grand mot. C’est un fait avéré qu’il convient de dire au risque d’en troubler certains et que l’on peut vérifier dans les courbes d’audience à la télévision.
Alors Hollande et Sarkozy au second tour ?…Eh bien, je suis désolé mais j’ai encore un sérieux doute. J’ai la conviction que les français ne sont pas très à l’aise avec ce schéma qui laisse entendre que le premier tour est joué. Je sais bien que je suis très isolé dans ce raisonnement mais que voulez-vous c’est le mien. J’aime laisser libre cours à mon inspiration et me laisser aller à des analyses personnelles. Reconnaissez qu’il y a là un peu (très mince mais un peu quand même) de courage car il sera toujours temps de relire ces lignes lorsque le premier tour sera passé. Les écrits restent…
Pierre LACOMBE