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Mesdames et messieurs le Président… et ses obligés.

J’ai beaucoup de respect et d’admiration pour le travail et la manière de présenter de David Pujadas. Beaucoup moins pour Laurence Ferrari. Tout ceci est sans doute affaire de goût; inutile donc de développer davantage.

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Les deux présentateurs du 20 heures ont leur légitimité pour interviewer à Cannes notre président et Barack Obama mais je suis néanmoins pas très à l’aise quand je vois le résultat à l’antenne. J’ai assisté, comme plus de 11 millions de téléspectateurs, à une opération de communication politique qui me laisse un goût assez amer pour notre profession. Comment peut-on accepter dans un monde bousculé par une économie vacillante, que deux Présidents viennent tranquillement se congratuler, se flatter, s’admirer,… dans le seul but d’amorcer leur campagne présidentielle. Qu’ils décident de mener conjointement une opération de séduction, libre à eux, mais sommes-nous (nous, les journalistes) devenus à ce point des “toutous” pour accepter de venir porter la bonne parole présidentielle, sans oser le moindre petit froissement.
La France est gangrénée par des Présidents qui n’ont qu’à siffler pour attirer les journalistes et les mettre à leurs bottes. Accepterons-nous encore longtemps d’être sélectionnés par le président, lui-même. Un Président qui désormais s’offre même le luxe de choisir la maison de production qui réalise.
Quelle déception de voir l’autre jour Yves Calvi, journaliste consciencieux, pédagogue, pugnace et incisif se transformer lors de l’interview de Nicolas Sarkozy en petit garçon bien sage. Je ne m’arrête pas sur Jean-Pierre Pernaut qui ne m’a jamais convaincu dans l’exercice, si difficile, de l’interview. Son talent se situe ailleurs.

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Je l’affirme donc, l’interview présidentielle est la honte de notre profession. Nous sommes la risée de nos confrères étrangers mais tant-pis, nous continuons le “cirage de pompe” … Les journalistes se laissent bercer par l’interview consensuelle et demeurent soumis aux désirs du Roi. J’imagine qu’ils attendent, espèrent secrètement être un jour l’heureux élu. C’est une belle ambition et je ne la condamne pas dès l’instant où les journalistes appliquent ce pourquoi ils sont rémunérer: informer, poser des questions et obtenir des réponses.

Jean-Pierre et Nathalie Pernaut: l’union sacrée.

Souvent critiqué mais toujours solidement arrimé à son journal de 13 heures, Jean-Pierre Pernaut a donné hier une nouvelle occasion à ses détracteurs de lui balancer quelques nouvelles salves.
Il faut dire que le présentateur du 13 heures de TF1 n’a peur de rien et surtout pas de faire la promo, à une heure de grande écoute, pour sa femme, Nathalie Marquay-Pernaut. L’ex-Miss France 1987 fait aujourd’hui du théâtre et son mari a semble t-il jugé opportun de lui faire un peu de pub avec un reportage consacré à ses personnes qui entament une reconversion. Nous atteignons là les limites d’un genre qui, bien que toléré sur TF1, fait quand même un peu désordre et égratigne une nouvelle fois notre métier de journaliste.
Comment ce présentateur, à qui j’accorde bien volontiers une proximité et une convivialité avec les téléspectateurs dont bon nombre de présentateurs et de présentatrices pourraient s’inspirer, peut-il, sans le moindre complexe, évoquer le parcours théâtral de sa femme ? J’avoue que ce manque de discernement me met mal à l’aise.
Sa femme ne doit pas souffrir de la notoriété médiatique de son mari mais elle ne doit pas non plus en profiter. Jean-Pierre Pernaut perd ses repères et bascule, sans complexe, dans ce que j’ai largement évoqué sur ce blog, le mélange des genres.

La belle France vue par Jean-Pierre Pernaut

Il est assez étonnant d’entendre ici ou là, de nombreux téléspectateurs contester durement le contenu de nos journaux. Ils nous reprochent des informations qui chaque soir sont une série de mauvaises. Comment expliquer alors ce paradoxe du journal de 13 heures de TF1 dont beaucoup se moquent, souvent durement, mais qui chaque jour depuis 22 ans réalise des performances d’audience exceptionnelles.
Je ne suis pas fan de ce journal, mais j’aurais mauvaise conscience à dénigrer Jean-Pierre Pernaut car inévitablement je prendrai ces millions de téléspectateurs pour des idiots.
Je me méfis toujours des détracteurs d’un journal qui réalise chaque jour des audiences à faire pâlir la concurrence directe.J’aime à penser que le téléspectateur qui trouve plaisir à regarder des reportages proches de nous n’est pas forcément des ignares. Cette France observée par Jean-Pierre Pernaut et son équipe n’est pas plus bête ou inculte que l’on voudrait bien le dire. D’autant que le téléspectateur a la possibilité de se détourner chaque jour de ce jour pour aller voir ailleurs. Les solutions pour cela sont nombreuses et variées.
Je crois utile de le dire. La France des artisans, des travailleurs, des beaux paysages et des fêtes de villages existe n’en déplaise à ceux qui passent leur temps à dénigrer ce journal. Certes, cette France n’est pas la réalité mais une réalité. C’est, de mon point de vue, la limite de Pernaut. Il s’agit donc d’un parti pris assumé et revendiqué.
Jean-Pierre Pernaut, là aussi, n’en déplaise à ses détracteurs parle aux gens. Il a une proximité avec les téléspectateurs que nombre de présentateurs n’ont plus. Le journaliste ne se sert pas du prompteur et assume de bafouiller ou de se tromper. Ce n’est pas le cas de nombreux présentateurs qui jamais ne se trompent…
Pour ma part, j’apprécie cette proximité affichée même si je regrette parfois, allez soyons clairs, souvent, le manque de profondeur dans le traitement des sujets. Mais un journaliste qui réalise jusqu’à 40% d’audience ne peut en aucun cas être un imbécile ou une sorte de pantin à la solde du pouvoir en place. J’observerai donc avec attention la manière dont il va mener prochainement l’interview du président de la république. Ce nouvel exercice pour lui sera révélateur de ses qualités de journalistes. Des journalistes à qui l’on demande du discernement, des questions pertinentes et une neutralité exemplaire.
Cher Jean-Pierre la barre est placée haut. À vous de la franchir et de faire taire ceux qui qualifient votre journal de populiste.