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Antoine et Vincent: quelle est la juste place des journalistes dans la couverture médiatique de ce drame ?

La couverture médiatique autour des deux otages tués au Niger est un exercice difficile dans la pratique de notre métier de journaliste. Depuis l’annonce de leur mort, nous nous interrogeons chaque jour en conférence de rédaction pour savoir comment traiter ce drame. En région, et plus précisément dans le Nord, d’où ces deux jeunes sont originaires, nous évoquons naturellement les circonstances de cet assassinat mais, plus difficile encore, nous sommes en contact avec la population de Linselles. Comment informer sans être voyeur ? La question est posée. Pour ma part, je refuse l’idée de rester en retrait, comme certains journalistes le souhaitent, pour ne pas apparaître comme des “charognards.” Je voudrai rappeler ici que notre travail de journaliste est d’informer et de rapporter des faits. Je veux donc avancer ici quelques arguments ou plus précisément quelques faits que les journalistes ne peuvent occulter sous peine de ne pas remplir leur mission d’informer. Trois faits précis:

- Ces deux otages innocents sont morts au Niger dans des circonstances qui demeurent encore confuses. L’enquête en cours devra faire la lumière sur cet assassinat et nous ne sommes qu’au début d’une succession de rebondissements.

- La marche silencieuse en hommage aux deux jeunes hommes a rassemblé près de 5000 personnes dans les rues de Linselles.

- Enfin, les obsèques ont été l’occasion pour les habitants, les amis, les personnalités politiques,…de manifester leur soutien aux familles des deux victimes.

Je refuse d’entendre que nous sommes des “voyeurs”. J’admets en revanche le débat sur le temps consacré dans nos journaux à cet événement dramatique. Faut-il y consacrer la moitié de nos journaux, un reportage seulement. A France 3 Nord-Pas-de-Calais nous nous sommes interrogés tous les jours. La place réservée à ce drame dans nos éditions a fait l’objet de débats, parfois assez vifs mais chaque journaliste a pris ces responsabilités. J’ai la conviction que le ton était juste même si je m’interroge toujours sur le nombre de sujets et déclinaisons accordées à cet événement.

La plus grande difficulté dans le traitement de cette information a été sans nul doute les familles. Nous avons fait le choix de les contacter pour leur demander sobrement si elles souhaitaient s’exprimer pour faire passer un message à ces milliers de personnes venues rendre un dernier hommage à leurs enfants. Nous reviendrons vers elles car une nouvelle étape s’amorce: les circonstances exactes de ce drame. Comment éluder cet aspect ?
Pour ma part, la mort de Vincent DELORY et Antoine de LEOCOU a été un moment difficile à la rédaction en chef des journaux. Chaque jour depuis l’annonce de leur mort, je me suis interrogé sur le traitement que nous devions accorder à cette information. Chaque jour, je me suis efforcé de prendre du recul et surtout de penser à la douleur des familles. Comment ont-elles vécu cette déferlante médiatique ? A ce jour, je l’ignore mais peut-être un jour auront-elles envie de s’exprimer. Nous leur donnerons la parole et nous y accorderons toute l’attention nécessaire.

A propos d’une “Une imprudence vraiment coupable”

Les déclarations, du secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant, sur Europe 1, à propos de l’enlèvement en Afghanistan des journalistes de France 3, sont inquiétantes. Ce dernier affirmait dimanche que le “scoop ne devait pas être recherché à tout prix”. Claude Guéant venait ainsi relayer la colère de Nicolas Sarkozy, qui a récemment dénoncé à leur propos une “imprudence vraiment coupable”.

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