Ce soir, Martine Aubry et François Hollande vont une nouvelle fois débattre mais cette fois, on peut s’attendre à un échange musclé. Les deux finalistes vont devoir mettre en lumière leurs différences sans pour autant se déchirer car derrière il va falloir rassembler toute la gauche pour espérer battre Nicolas Sarkozy au mois de mai prochain.
Sur ce terrain, c’est Martine Aubry qui, la première, est passée à l’offensive pour tenter de se démarquer de François Hollande. Qualifié de représentant de la “gauche molle”, François Hollande à jusqu’ici, toujours refusé d’entrer dans la polémique. Il préfère endosser le costume de rassembleur. Je note néanmoins un changement de comportement depuis le soir du premier tour. Lors de cette soirée, j’ai trouvé François Hollande un peu déstabilisé et pas franchement dans le rôle qu’il avait volontairement adopté jusqu’ici, celui de se situer au-dessus de la mêlais, comme si les jeux étaient fait et qu’il était déjà en campagne pour la présidentielle face à Nicolas Sarkozy. Le lendemain, j’ai eu le sentiment que son staff était quelque peu décontenancé. Ce déplacement improvisé sur un marché du 18ème arrondissement en était l’illustration. François Hollande a préparé méticuleusement la campagne du 1er tour et s’est sans doute projeté, conforté sans doute par les bons sondages, un peu trop vite dans la campagne présidentielle. C’est mon sentiment.
Ce soir, François Hollande va devoir aller au charbon et contrer Martine Aubry qui n’a de cesse de l’égratigner sur son manque de solidité et ses revirements notamment sur le nucléaire ou l’éducation. Je crois en effet Martine Aubry plus ancrée à gauche et plus en capacité de rassembler même si dans la réalité Jean-Michel Baylet, Manuel Valls et désormais Ségolène Royal se sont rangés derrière l’élu de Corrèze. Mon sentiment est toutefois fragilisé par l’image véhiculée par Martine Aubry, celle d’une femme politique un peu austère et pas très glamour. Mais que faut-il attendre d’elle du “glamour” ou une capacité à diriger la France et à trouver des solutions pour la rendre plus compétitive, plus à l’écoute des souffrances, des difficultés,…des français.
François Hollande part néanmoins favori mais je crois que son pire ennemi c’est lui-même. Il devra, ce soir, être en capacité de proposer des solutions concrètes qui se démarquent assez radicalement de Martine Aubry qui elle, va jouer son va-tout. La “gauche molle” lui colle désormais à la peau dans une campagne où le candidat de gauche devra trouver les arguments pour contrer Nicolas Sarkozy. Dans ce registre, Martine Aubry me semble mieux armée. Elle est capable de cogner sur le président et dans le même temps d’avancer des propositions. Son déplacement dans la Creuse pour aller défier Sarkozy cherchait à illustrer cette stratégie de principale opposante. Souvenez-vous, son déplacement à Marseille, le jour de la visite de Claude Guéant. La maire de Lille peut s’appuyer sur une solide expérience dans la gestion d’une grande entreprise, d’un grand ministère, d’une grande ville et d’un grand parti.
Le député de Corrèze, bien qu’il s’en défende, ne dispose pas d’une telle expérience mais il compense par une image plus positive et une campagne commencée très tôt. François Hollande s’est beaucoup préparé pour cette présidentielle, convaincu que son heure est venue, et aujourd’hui il en récolte les fruits. Son image d’un homme déterminé et sympathique séduit beaucoup d’électeurs.
L’inconnu pour moi repose sur la capacité à séduire de Martine Aubry. On lui reproche sa froideur et parfois ses colères. Elle doit aussi se défaire du “pacte” de Marrakech et de sa complicité avec DSK. Sa seule possibilité pour gagner repose sur plusieurs points qu’elle ne cesse de défendre dans sa campagne: sa solidité, sa connaissance des dossiers, son expérience et l’idée d’être la première femme élue Présidente de la République. Ce dernier point à de quoi séduire nombre de français pour qui la parité hommes femmes à un sens.
Le débat ce soir en direct sur France 2 sera décisif, j’en suis convaincu. Les téléspectateurs auront les moyens de se déterminer et de savoir qui, pour eux, a les épaules les plus solides, non seulement pour faire campagne au nom des socialistes mais aussi pour rassembler toute la gauche le moment venu. Je pronostique un match très serré et comme je ne suis pas du genre à me cacher derrière mon petit doigt, je pronostique une victoire au finish de la maire de Lille.




