Il y a bien longtemps que je ne regarde plus le tour de France pour la performance sportive. Désolé, mais cette succession d’affaires de dopages ont eu raison de ma passion pour la grande boucle. Je vais y revenir plus en détail.

Mais d’abord, je veux m’associer pleinement à la ferveur de millions de spectateurs et téléspectateurs qui, chaque jour, devant leur télévision ou sur les routes de France ne manquent rien de l’épreuve. Le tour de France est en effet un spectacle unique et en tout point exceptionnel. Jamais une épreuve sportive n’est parvenue jusqu’ici à mettre aussi bien en lumière la beauté et la diversité de notre pays. Prenant cet après-midi quelques minutes pour regarder le direct à la télévision, je veux rendre hommage aux équipes rédactionnelles et techniques de France télévisions qui, au quotidien, rivalisent de prouesses, pour nous permettre de nous immerger dans la course. il y a là un travail absolument remarquable. Dans cette couverture qui montre la beauté des paysages et l’engouement des spectateurs, je suis parfaitement en phase avec des journalistes comme Gérard Holtz, au plus près des spectateurs dans son émission, Dominique Le Glou qui, chaque jour, parcourt l’étape avant la caravane pour nous faire découvrir les spécificités des régions traversées ou encore Jean-Paul ollivier qui nous raconte “l’histoire de France” à travers les différents monuments qui jalonnent le parcours. Ces rencontres sont des moments forts, parfois émouvants et toujours très humains. Bravo à eux pour leur talent.
En revanche, et malheureusement, ces mêmes journalistes sont beaucoup moins convaincants lorsqu’ils abordent l’épreuve sportive. Et là, pardon, mais il y a quand même un problème majeur. ll règne sur ce tour, comme sur les précédents, une sorte de tabou sur le dopage. Il n’y aucune raison pour que l’on s’acharne sur le cyclisme mais il n’y a pas plus de raisons que l’on n’en parle pas. Je crains que les journalistes sportifs soient frappés du même syndrome que les journalistes politiques. La connivence qui règne entre organisateurs, coureurs et journalistes empêche trop souvent de laisser un petit espace à la vérité. Je me souviens d’une année où un journaliste de la rédaction de France 2 avait été dépêché sur le tour pour enquêter sur le dopage. Ces reportages étaient extrêmement instructifs sur les pratiques de certains coureurs, malheureusement l’expérience a fait long feu et nous n’avons plus jamais eu l’opportunité de bénéficier de ces enquêtes d’investigations. N’oublions pas que le diffuseur de l’épreuve est France Télévisions.
Je comprends qu’il soit important de préserver cette épreuve qui appartient au patrimoine national et je suis, dans le même temps convaincu, que les français, finalement, se désintéresse du dopage. Ils veulent s’enivrer de belles images et assister à un joli spectacle. De ce point de vue, l’objectif est atteint mais le journaliste que je suis pose une nouvelle fois la question sur la pertinence et la crédibilité de notre profession si la vérité est laissée sur le bas côté de la route.
Je ne veux pas passer pour un rabat-joie mais j’ai une faim insatiable de vérité. Et cette vérité, j’ai le sentiment qu’elle n’émerge toujours pas. Pour ceux qui aurait la mémoire courte, je les renvoie aux tours précédents et aux doutes qui subsistent sur le septuple vainqueur du tour de France qui, à 37 ans, pourrait ajouter une nouvelle couronne à son palmarès, à l’issue de cette grande boucle.
Je reprends également ici les propos de Gérard Holtz dans son livre “je suis bien plus petit que me rêves” à propos des coureurs du tour de France. Ils montrent assez justement le contexte dans lequel évoluent journalistes et coureurs: “Ce qui est épouvantable, c’est par exemple le cas Vinokourov de l’an dernier. Je le traite de héros et deux jours après il se fait prendre au contrôle antidopage. Le héros devient zéro. Du coup, j’ai l’impression d’être cocu et j’en ai marre ! Je ne suis pas sûr que beaucoup de coureurs aient envie d’arrêter de se doper…” Je comprends la colère de Gérard Holtz qui se trouve dans une situation bien inconfortable. Soit il déballe ce qu’il sait et il a certainement de quoi dire, soit il garde la présentation de ses émissions sur le Tour. Cruel dilemme.
Je souhaite pour ma part que mes confrères du service des sports reprennent le chemin de l’investigation et je suis convaincu que l’on peut faire vivre le spectacle du Tour, tout en recherchant la vérité sur les méthodes de voyous de certains coureurs. et si d’aventure les journalistes sportifs ne se sentent pas l’âme investigatrice, il y a au service société de France 2 des journalistes de talents qui n’hésiteront pas à aller “gratouiller” là où ça fait mal.
