Demain, à 12 h nous recevrons l’ancienne otage des Farc, Ingrid Bétancourt. Interview en direct et davantage d’images tout de suite après sur www.france3.fr et facebook.
Médias
Quand la politique dérive dans la grossièreté et le mensonge
Au regard des dernières déclarations de nos politiques, il y a de quoi s’inquiéter de l’état de tension qui règne entre les médias et la classe politique française. Sans crier au scandale, je m’inquiète de voir Jean-Luc Mélenchon, député européen, traiter de “salaud” et de “larbin” David Pujadas, le présentateur du journal de 20 heures de France 2.
Dans l’extrait de JT datant de 2009 que Mélenchon visionne, le présentateur interroge Xavier Mathieu, des Conti de Clairoix (Oise), engagé dans un long conflit social pour le maintien de leur usine, qui fermera finalement début 2010. Pujadas demande au syndicaliste: «est-ce que ça ne va pas trop loin?», «est-ce que vous regrettez ces violences?», «pour vous la fin justifie les moyens?» Mélenchon est consterné. «Salaud, va!» Et: «larbin. Arrête, ça me dégoûte!»
Un ch’tis détour par le Nord
Il y a bien longtemps que j’ai délaissé mon blog mais il faut dire qu’entre-temps bien des événements se sont produits. Après une année à sillonner la France, avec des remplacements dans les stations régionales de France 3, je viens de poser mes valises dans le Nord, à Lille, où je viens d’être nommé, le 14 septembre dernier, rédacteur en chef adjoint de France 3 Nord Pas-de-Calais. Cette promotion est une satisfaction professionnelle pour moi et vient récompenser mon désir d’évolution professionnelle à France Télévisions. J’arrive dans une région que je connais peu mais dont j’ai pu apprécier l’intense activité durant deux séjours, au mois d’avril dernier. En région Nord Pas-de-Calais, pas un jour sans une actualité relativement importante. Il se passe beaucoup d’événements, notamment sur le plan social, politique, fait divers, sans oublier le sport et le football avec 3 équipes qui évoluent en Ligue 1 de football.
J’aurais l’occasion de raconter ici, par le détail, mes activités et je vous proposerais de m’accompagner dans les coulisses de la fabrication du journal régional. Cette nouvelle étape m’oblige à mettre entre parenthèses de beaux projets sur lesquels je travaillais depuis plusieurs mois mais ne m’empêchera pas de vous délivrer mon regard sur les médias et la politique. Depuis cette “tour de controle régionale” j’entends vous faire partager mon quotidien avec pour la première fois, depuis de longues années, un regard décalé depuis la province.
Un reportage n’est pas une durée mais un contenu
A la fin du mois d’août, j’aurais effectué plus de 100 jours de remplacements dans le rôle de rédacteur en chef sur le réseau de France 3. Je ne communique pas ce chiffre pour me flatter l’échine mais pour rendre hommage à des équipes formidables. (Lire la suite…)
Une autre action solidaire est possible
Souvenez-vous, il y a quelques semaines, Pierre Berger avait violemment critiqué le Téléthon en dénonçant son omniprésence au mois de décembre à la télévision. Ses critiques portaient essentiellement sur le privilège pour cette association de bénéficier, chaque année, de 24 heures de direct sur France Télévisions. Comme beaucoup, je m’étais insurgé contre ce comportement que je pensais nourri par la jalousie. Depuis, j’ai révisé mon jugement et, sans défendre pour autant Pierre Berger, je lui suis reconnaissant d’avoir ouvert un débat sur les liens entre les actions de solidarité et les médias.
Inutile de le nier, il y a des associations qui bénéficient d’une visibilité exceptionnelle quand d’autre ne parviennent pas à faire connaître leurs actions. Pour autant, celle qui ne parvient pas à faire émerger ses actions est-elle moins importante que celle qui jouit d’une forte médiatisation. La réponse est non. Un enfant atteint du cancer est-il moins important que celui qui souffre d’une dégénérescence musculaire. La réponse est encore non.
Cette hiérarchie médiatique me met mal à l’aise et je crois le temps venu de bousculer l’ordre établi. Aujourd’hui, les donateurs sont désorientés: à qui donner ? Où va l’argent ?… Faut-il faire un geste pour ces millions de personnes qui souffrent de malnutrition et de famine dans le monde ou pour ces centaines de milliers de personnes qui ne parviennent plus à se nourrir correctement en France ? Quelle est l’échelle de valeur ?
Les français font preuve d’une immense générosité pour aider ceux qui en ont besoin. Notre devoir est de clarifier l’action humanitaire autour d’un projet commun qui atténue les différences. Dans un monde plus juste, ne pourrait-on imaginer une force de frappe collective pour enrayer la souffrance et la misère, plutôt que des actions isolées ? Ne pourrait-on imaginer une offensive commune pour montrer et démontrer que l’humanitaire ce n’est pas triste ou déprimant mais au contraire joyeux.
J’appelle à une action solidaire en m’appuyant sur les compétences de tous pour donner à l’humanitaire un visage plein d’espoir et non plus de compassion.
Les associations qui oeuvrent pour le bien des personnes en souffrances doivent aujourd’hui s’unir pour être davantage efficace.
Jean-Pierre et Nathalie Pernaut: l’union sacrée.
Souvent critiqué mais toujours solidement arrimé à son journal de 13 heures, Jean-Pierre Pernaut a donné hier une nouvelle occasion à ses détracteurs de lui balancer quelques nouvelles salves.
Il faut dire que le présentateur du 13 heures de TF1 n’a peur de rien et surtout pas de faire la promo, à une heure de grande écoute, pour sa femme, Nathalie Marquay-Pernaut. L’ex-Miss France 1987 fait aujourd’hui du théâtre et son mari a semble t-il jugé opportun de lui faire un peu de pub avec un reportage consacré à ses personnes qui entament une reconversion. Nous atteignons là les limites d’un genre qui, bien que toléré sur TF1, fait quand même un peu désordre et égratigne une nouvelle fois notre métier de journaliste.
Comment ce présentateur, à qui j’accorde bien volontiers une proximité et une convivialité avec les téléspectateurs dont bon nombre de présentateurs et de présentatrices pourraient s’inspirer, peut-il, sans le moindre complexe, évoquer le parcours théâtral de sa femme ? J’avoue que ce manque de discernement me met mal à l’aise.
Sa femme ne doit pas souffrir de la notoriété médiatique de son mari mais elle ne doit pas non plus en profiter. Jean-Pierre Pernaut perd ses repères et bascule, sans complexe, dans ce que j’ai largement évoqué sur ce blog, le mélange des genres.
L’information, c’est show
J’évoquais dans mon article précédent l’amalgame entre l’information et le divertissement dans les médias et je constate aujourd’hui combien le débat prend de l’ampleur.
L’article du journal Libération ce matin sur la chute en continu de CNN est une nouvelle illustration de ce phénomène. La célèbre chaîne d’information américaine voit son audience fléchir. En cause, le net et le succès d’une info spectacle pratiquée par ses concurrents. Le consommateur peut aujourd’hui choisir ses sources d’information partout sur le Net et plus exclusivement sur les médias traditionnels. Comment dans ce cas redresser la barre et reconquérir l’audience ? Vaste question à laquelle je ne saurais répondre. CNN va t-il devoir opérer un virage éditorial et ouvrir son antenne à une information plus divertissante, plus spectaculaire au risque de faire fuir les mordus de l’information ? La chaîne américaine devra t-elle ouvrir la porte à une information plus engagée ? Je le crains fortement. D’autant que sa concurrente, Fox News, qui a fait le pari d’être “ultra-engagée” se frotte actuellement les mains en regardant ses courbes d’audience.
Ce qui arrive aujourd’hui à CNN menace aujourd’hui nos chaînes d’informations en France. D’abord parce qu’il y en a trop : BFM TV, LCI, I-Télé, France 24, …Comment ses chaînes dont l’audience demeure confidentielle vont-elles pouvoir continuer à exister demain. Alain Weill pour BFM TV joue depuis des années la carte de la diversification et du rapprochement entre ses autres supports RMC ou La Tribune. LCI et I-Télé ont deux maisons mères dont l’assise financière permet de voir venir, mais jusqu’à quand. LCI ne figure pas sur la TNT et s’enfonce dans la confidentialité et I-Télé a beau attirer des présentateurs ou chroniqueurs vedettes, l’audience ne décolle pas.
Sur la base de ce constat, je me demande quelle est aujourd’hui la réflexion de ces responsables de chaînes. Doivent-ils s’évertuer à poursuivre dans une information dont le principe repose sur la rapidité à la donner, bien plus que la pertinence et l’analyse ? Ou doivent-ils copier le modèle Fox News avec ses talk-show populistes animés par des stars qui ne sont pas des journalistes.
J’ai la conviction que nous y allons tout droit. La radio a très largement commencé avec Guy Carlier ou Nicolas Canteloup. RTL avec Laurent Gerra ou le très contesté Eric Zemmour. Inter avec Stéphane Guillon. La télévision y vient gentiment : le Sarko info de Carl Zéro en est la plus parfaite illustration. D’autres suivent ou suivront. C’est écrit. L’information est promise à devenir de plus en plus spectacle et les journalistes intègres et soucieux de vérifier une information devront s’en accommoder. J’ai même la conviction que le 20 heures va changer de rythme et de contenu dans les prochaines années. Là aussi, la réflexion est engagée et le projet de changement radical mûrit doucement mais surement.
Faut-il retirer Guillon de la tranche info de France Inter ?
La question est sensible et elle devrait être tranchée dans les prochaines semaines. Stéphane Guillon qui fait chaque jour (ou presque) le buzz sur Internet avec son billet caustique devrait disparaître ou plus surement changer de case.
Cette décision, qui ne va pas manquer de faire réagir, pose une question à laquelle il est intéressant de réfléchir. La place d’un humoriste est-elle justifiée au milieu d’un journal d’information qui déverse chaque jour son lot de mauvaises nouvelles en tout genre ? Je n’ai pas une idée très arrêtée en la matière même si je reconnais que la question se pose.
A force de mélanger information et divertissement, on finit par se demander ce qui est vrai et ce qui est faux ou du moins parodié. Je sais les auditeurs suffisamment alertes pour ne pas faire l’amalgame, mais quand on voit la levée de boucliers des politiques on se dit que le discernement à tendance à disparaître. Alors, pourquoi ne pas séparer les genres… En clair, chacun à sa place. L’info d’un côté, le divertissement de l’autre. Cette décision stratégique et, j’ose le dire politique, est sur le point d’être prise par Philippe Val qui, en sortant Guillon de la tranche info se ménage des jours plus tranquilles. La fronde politique va s’estomper et personne ne pourra crier à la censure puisque Guillon sera toujours présent sur la grille. Le directeur des programmes pourra à nouveau dormir sur ses deux oreilles. Qui aurait pu imaginer une telle décision de Philippe Val qui, dans une autre vie, versé lui aussi dans le caustique, sans se soucier du quand dira t-on. Les temps changent et même les plus virulents s’assagissent.
Bourdin, Elkabbach, Demorand
Nous avons assisté la semaine dernière, dans le grand journal de Canal, à une belle prise de bec entre Jean-Jacques Bourdin (RMC) et Jean-Pierre Elkabbach (Europe 1). Bourdin accuse Elkabbach d’aller se trémousser à l’Elysée et Elkabbach reproche à Bourdin de ne pas y aller pour s’informer. Je n’ai pas d’avis sur ce débat qui à vrai dire me laisse assez indifférent. Les deux hommes ont un différent qui, semble t-il, remonte à quelques temps. A eux de s’expliquer sur la meilleure manière de faire son métier. Pour ma part, il m’arrive de m’agacer quand le premier sort de son champ de réserve, de la neutralité nécessaire et quand le second est un peu trop populiste. Un point de vue qui ne m’empêche pas d’écouter l’un et l’autre et d’apprécier leurs interviews politiques.
Il y avait néanmoins ce soir là , au milieu des deux journalistes, un troisième qui, lui, ne m’a pas laissé du tout indifférent. J’apprécie beaucoup l’intelligence, la rigueur et la pertinence de Nicolas Demorand, présentateur de la matinale de France Inter. Voici un journaliste qui me donne le sentiment de bien faire son travail et qui affirme, et je le crois volontiers, n’avoir “jamais déjeuné avec un politique”. Ses interviews sont efficaces et pugnaces et il n’est jamais désobligeant ou hautain avec ses invités. Il n’y a pas chez Demorand deux sortes d’invités: les puissants et les faibles. Tout le monde est logé à la même enseigne. Le journaliste pose des questions et cherche à obtenir des réponses. Classique mais efficace.
La belle France vue par Jean-Pierre Pernaut
Il est assez étonnant d’entendre ici ou là , de nombreux téléspectateurs contester durement le contenu de nos journaux. Ils nous reprochent des informations qui chaque soir sont une série de mauvaises. Comment expliquer alors ce paradoxe du journal de 13 heures de TF1 dont beaucoup se moquent, souvent durement, mais qui chaque jour depuis 22 ans réalise des performances d’audience exceptionnelles.
Je ne suis pas fan de ce journal, mais j’aurais mauvaise conscience à dénigrer Jean-Pierre Pernaut car inévitablement je prendrai ces millions de téléspectateurs pour des idiots.
Je me méfis toujours des détracteurs d’un journal qui réalise chaque jour des audiences à faire pâlir la concurrence directe.J’aime à penser que le téléspectateur qui trouve plaisir à regarder des reportages proches de nous n’est pas forcément des ignares. Cette France observée par Jean-Pierre Pernaut et son équipe n’est pas plus bête ou inculte que l’on voudrait bien le dire. D’autant que le téléspectateur a la possibilité de se détourner chaque jour de ce jour pour aller voir ailleurs. Les solutions pour cela sont nombreuses et variées.
Je crois utile de le dire. La France des artisans, des travailleurs, des beaux paysages et des fêtes de villages existe n’en déplaise à ceux qui passent leur temps à dénigrer ce journal. Certes, cette France n’est pas la réalité mais une réalité. C’est, de mon point de vue, la limite de Pernaut. Il s’agit donc d’un parti pris assumé et revendiqué.
Jean-Pierre Pernaut, là aussi, n’en déplaise à ses détracteurs parle aux gens. Il a une proximité avec les téléspectateurs que nombre de présentateurs n’ont plus. Le journaliste ne se sert pas du prompteur et assume de bafouiller ou de se tromper. Ce n’est pas le cas de nombreux présentateurs qui jamais ne se trompent…
Pour ma part, j’apprécie cette proximité affichée même si je regrette parfois, allez soyons clairs, souvent, le manque de profondeur dans le traitement des sujets. Mais un journaliste qui réalise jusqu’à 40% d’audience ne peut en aucun cas être un imbécile ou une sorte de pantin à la solde du pouvoir en place. J’observerai donc avec attention la manière dont il va mener prochainement l’interview du président de la république. Ce nouvel exercice pour lui sera révélateur de ses qualités de journalistes. Des journalistes à qui l’on demande du discernement, des questions pertinentes et une neutralité exemplaire.
Cher Jean-Pierre la barre est placée haut. À vous de la franchir et de faire taire ceux qui qualifient votre journal de populiste.
