Je redoute cette période électorale qui s’amorce quand je vois nos politiques concentrés sur une seule obsession: la présidentielle. Chacun fait mine, avec plus ou moins d’hypocrisie, que seul compte l’intérêt des français. Mais à y regarder de plus prés, quel spectacle !
Au PS, les candidats se multiplient comme des petits pains. Il y a ceux qui sont déjà en campagne: Manuel Valls, Ségolène Royal, Arnaud de Montebourg,…D’autres qui tentent de nous faire croire qu’ils sont dans une phase de réflexion comme François Hollande. Chacun sait que le député maire de Corrèze veut y aller. Les prochains sondages seront déterminants. D’autres enfin qui attentent, près à se lancer si les circonstances sont favorables: Martine Aubry ou DSK. Je n’ai rien contre la multiplication de candidats mais je me demande comment ces candidats vont-ils se retrouver à l’issue des primaires quand il faudra s’accorder sur un programme commun. Ces ambitieux de la république parviendront-ils à faire croire aux français qu’ils travaillent ensemble pour faire gagner la gauche. Je ne doute pas qu’ils déploieront des trésors d’imagination et de sincérité pour tenter de nous convaincre. Je crains néanmoins l’effet boomerang dans les urnes. Mais, nous n’en sommes pas là , pas encore.
A l’UMP, sur le papier, c’est silence dans les rangs, tout le monde se range derrière le chef et pas une tête ne dépasse. Impressionnant ! Dans la réalité, c’est bien plus brouillon qu’il n’y parait. Les ambitieux, prêts à laisser passer leur tour, ont les yeux rivés sur les sondages présidentiels. Encore quelques points en dessous de 30% d’opinions favorables et les couteaux vont sortir. Jean-François Copé est un homme pressé qui n’attendra pas 2017. Voilà un homme qui se répand partout pour affirmer sa plus parfaite loyauté envers le chef de l’Etat mais qui le moment venu n’hésitera pas à jouer sa carte personnelle. Je ne le crois pas capable d’aller au combat contre Sarkozy mais sa défaite lui servirait pour reprendre la main en 2017. Une nouvelle victoire de Sarkozy ne serait pas pour lui la meilleure des nouvelles dans l’objectif des présidentielles suivantes. Rappelez vous comment Mitterrand et Chirac ont fini leur mandat en 1995 et 2002…à bout de souffle. Après 10 ans de sarkozysme en 2017, les français pourrait avoir soir de changement.
De biens belles théories que tout cela me direz-vous. En effet, bien malin qui pourrait dire ce qui va se passer dans les prochains mois. Au risque de me ridiculiser dans une très mauvaise analyse, je vais quand même me risquer à quelques pronostics qui, naturellement, n’engagent que moi. Ce risque, j’apprécierai que quelques journalistes spécialistes le prennent aussi plutôt que de tourner en rond comme des toupies pour, je le crois, ne pas insulter l’avenir.
Pour ma part, je ne crois pas à la candidature de DSK à gauche. Le patron du FMI n’aura pas la possibilité d’imposer sa candidature à moins de très vite se retirer du FMI pour mettre les mains dans le cambouis. je ne le crois pas assez aventurier pour s’y risquer.
Je ne crois pas non plus à la candidature de Ségolène Royal. Son image est écornée même si je salue son courage et sa volonté. La présidente de Poitou-Charentes bénéficie encore d’une bonne côte de sympathie mais les éléphants du PS ne veulent pas d’elle. Comme ils n’en voulaient pas d’ailleurs en 2007. Royal ne fédère pas les ténors du PS, seuls les militants peuvent l’imposer mais je n’y crois pas.
Comme Ségolène Royal, François Hollande est convaincu que son heure est arrivé. Il le dit lui-même, il est prêt. Hollande à l’épaisseur d’un candidat et les frémissements des sondages à son endroit sont un signe. Pour autant, je ne parviens pas a être convaincu. Son long passage rue de Solférino a laissé de lui l’image d’un homme de compromis et ces adversaires les plus coriaces le trouvent bien trop mou pour endosser le costume de présidentiable. Je ne le sous-estime pas pour autant. Il laboure la France comme le faisait en son temps un autre corrézien. S’il gagne en épaisseur il peut apparaitre comme un recourt. A surveiller.
La démarche de Martine Aubry est assez cohérente. Elle avance à pas feutrés. Elle est en total décalage avec la société de l’image, de l’apparence et je ne serais pas surpris qu’elle emporte l’adhésion des militants. Sa tactique de ne pas commenter les petites phrases et attaques jouent pour elle. J’émets néanmoins un doute sur sa volonté d’y aller. A t-elle envie ? Oui mais pas à n’importe quelle condition. Elle veut être désirée et faire l’unanimité. Ce n’est pas exclue qu’elle y parvienne. D’autant que beaucoup de sympathisants de gauche apprécie sa expérience, sa maitrise des dossiers et son expérience.
A l’UMP, et à moins d’un séisme, je ne vois que Sarkozy. L’homme est habile et va profiter de 2011 pour se draper dans le costume de candidat. Je ne suis pas de ceux qui le condamne à la défaite. Il a prouvé par le passé qu’il avait de la ressource et je suis certain qu’il peut rebondir.
Reste de nombreuses inconnues comme le candidat surprise. Je n’y crois pas. Celui qui va surprendre tout le monde c’est une nouvelle fois l’électeur. Je crains qu’il nous réserve des surprises de tailles. Nos politiques ne mesurent pas très bien l’exaspération de millions de français qui ne chercheront plus à donner un avertissement à la droite ou à la gauche mais une sanction. Comment se message se traduira t-il ? Je forme deux hypothèses: la présence du Front National au second tour ou une abstention record. Les deux hypothèses réunies ne sont pas, de mon point de vue, excluent. Je sens autour de moi des gens écoeurés par la politique ou plus précisément par le comportement des politiques. Les promesses ne tiennent plus. Elles ne suffiront plus pour convaincre. Nos politiques sont devenues inaudibles et les médias ont une part de responsabilité. Il est grand temps pour nous, les journalistes, de faire notre travail. Cela ne suppose pas de poser des questions mais bien d’aller chercher des réponses. Notre faiblesse se situe à ce niveau. Nous devons être en mesure de faire un bilan honnête, précis et rigoureux du quinquennat et, dans le même temps, être en mesure de desceller les points forts et les faiblesses de chacun des candidats. C’est un travail d’investigation que nous demandent les français et non pas des roulements de tambours. La politique n’appartient pas aux spécialistes de la politique mais aux journalistes dans leur ensemble. Un bilan et un programme se dissèquent, s’analysent, se vérifient,…il y a dans nos rangs des fins limiers de la justice, de l’économie, de l’étranger, de l’agriculture, de l’éducation, du sport, de la finance, …qu’on leur donne la possibilité de faire leur travail dans les émissions politiques. Qu’on leur donne la possibilité de fabriquer des reportages fouillés, précis, concis. La politique ne peut se résumer à un tête avec nos journalistes stars. Qu’on en finisse avec les petites attaques que l’on commente et (re)commente en boucles. Les français veulent du concret et nous leur devons cela.


