Un reportage n’est pas une durée mais un contenu

A la fin du mois d’août, j’aurais effectué plus de 100 jours de remplacements dans le rôle de rédacteur en chef sur le réseau de France 3. Je ne communique pas ce chiffre pour me flatter l’échine mais pour rendre hommage à des équipes formidables.

De Reims au Havre, en passant par Ajaccio ou Lille, j’ai rencontré des salariés passionnés, concentrés et surtout très impliqués dans l’avenir de leur entreprise. Au moment ou France Télévisions change de Président et où il est de bon ton de critiquer l’investissement des équipes, je veux insister sur le potentiel exceptionnel de cette maison, sans pour autant fermer les yeux sur ses dysfonctionnements. Notre chaîne est apprécié des téléspectateurs d’abord parce qu’il la regarde, mais aussi comme j’ai pu l’entendre de l’un d’entre eux, parce qu’elle leur ressemble. Quel plus beau compliment que celui d’affirmer que les téléspectateurs se reconnaissent dans les informations que nous leur transmettons au quotidien. Cette force du réseau est exemplaire et je suis heureux que le nouveau président y soit très sensible. Rémy Pflimlin veut “creuser” le sillon de la proximité: “la proximité, c’est la modernité”. Voilà qui va faire du bien aux centaines de salariés qui chaque jour participent à offrir à nos téléspectateurs une information de qualité et donc de proximité.
La volonté affichée de Rémy Plimlin ne doit pas cacher une triste réalité qui n’est en rien spécifique à France 3 mais qui est néanmoins une dominante depuis trop longtemps. Durant mes remplacements, j’ai été frappé du manque d’encouragement dont bénéficiaient les journalistes. Il y a là un sérieux problème auquel le nouveau président va devoir s’attaquer sous peine d’une dégradation du climat. Il y a dans cette maison des journalistes de talent qui ont perdu l’envie de faire et encore plus, de bien faire. Comment, en effet, expliquer le manque d’enthousiasme dans l’exercice d’une profession qui fait encore rêver des centaines de milliers de jeunes et de moins jeunes. Comment expliquer que cette envie, cet enthousiasme de certains s’étiolent pour finir par complètement disparaitre. J’y vois une raison essentielle : le manque de considération. Il est urgent de remettre de l’enthousiasme, du plaisir et de l’envie dans ces rouages grippés. Il n’est pas si compliqué de prendre du temps pour évaluer le degré de motivation d’un collaborateur et de trouver avec lui les solutions pour lui redonner de l’envie. Pourquoi n’y parvenons nous pas ? La question est sensible.
Les journalistes sont devenus des machines à produire des reportages. La réflexion n’est plus la qualité recherchée en premier lieu, mais plutôt la réactivité et l’assertivité. Il n’est plus besoin de réfléchir mais de faire et qui plus est, le plus vite possible.
Je ne conteste pas la nécessité de coller à l’information, d’être le premier pour raconter ensuite. Je m’insurge en revanche contre cette nouvelle manière de faire qui consiste à aller toujours plus vite pour remplir nos journaux. Car nous ne nous méprenons pas, il s’agit bien de remplissage.
Il est temps de remettre l’huile dans les rouages. Cela passera nécessairement par des choix dans la construction d’un journal et par la valorisation des personnes qui chaque jour vont sur le terrain. Il est dangereux de transformer les journalistes en machine à informer. Je me moque de passer pour un naïf ou un idéaliste mais je suis convaincu que valoriser un talent, une expérience est bien plus profitable à tous que presser des équipes comme des citrons. Nombre de nos dirigeants n’ont toujours pas compris qu’un reportage n’est pas une durée mais un contenu. J’y reviendrai.

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