Les sondages et enquêtes d’opinions le démontrent, les journalistes perdent chaque jour un peu plus de crédibilité. Personnellement, je partage ce constat. Ce qui ne m’empêche pas de défendre avec vigueur et conviction cette profession qui me donne encore beaucoup de satisfaction.
Il devient néanmoins difficile de cautionner la couverture consacrée à certains événements récents comme le crash de l’avion Air France ou la mort de Michael Jackson. Les radios, les télévisions, les journaux et les sites Internet ont consacré à ces deux actualités une couverture jusqu’à ce nous soyons gagnés par la nausée.
Je ne remets nullement en cause l’importance de ces deux actualités mais je m’insurge contre la manière dont elles ont été traitées par les différentes rédactions. Lorsque l’avion s’est écrasé, des spécialistes de l’aéronautique ont occupé les plateaux de télévision durant de trop longues minutes pour délivrer des hypothèses ou des pressentiments, mais rarement de l’information. Quel intérêt d’inviter des personnes aussi qualifiées soient-elles pour les entendre dire qu’elles ignorent tout de ce qui s’est passé ? Notre travail de journaliste n’est-il pas de donner une information vérifiée ? Cela devient une très mauvaise habitude. Lorsqu’un événement se produit, nous fonçons tête baissée pour dire en quelques minutes tout et son contraire. L’événement ainsi relaté devient une sorte de feuilleton à rebondissements ou une sorte de dramaturgie qui n’a plus rien à voir avec un journal d’information. Pour s’en convaincre, il suffit de comparer le traitement qui a été accordé au crash du vol Paris-Rio et à celui du crash de l’Airbus de Yemenia au large des Comores.
S’agissant de la mort de Michael Jackson, je fais le même constat. En quelques jours, tout à été dit sur son décès et ses circonstances : il était squelettique… en pleine forme, dépressif… dans une forme éblouissante, ruiné… milliardaire, … tout et son contraire. A présent, nous touchons l’apothéose avec un énième rebondissement : mais où est donc passé le cercueil du roi de la Pop ? Pathétique !
Nous relatons désormais des événements en nous engageant dans une course effrénée pour occuper l’antenne et surveiller la concurrence et vice-versa. Au risque de chagriner les puristes de notre profession, je l’affirme sans détour, nous perdons chaque jour un peu plus notre crédibilité en privilégiant l’information spectacle.
Nous devons impérativement retrouver une pratique plus en rapport avec notre vocation, qui est celle d’informer. Je veux espérer que la profession puisse réagir car il y a urgence. Mais, sans excès de pessimisme, je crains que la partie ne soit gagnée. La course à l’audience est telle qu’il faudra une crise de grande ampleur pour que l’on se décide enfin à changer nos habitudes.
