Dans les coulisses de l’interview présidentielle

Palais de l’Elysée

Je rejoins l’éditorialiste Alain Duhamel qui, ce matin, n’a pas été tendre avec la « prestation » de David Pujadas et Laurence Ferrari, lors de l’interview hier soir du Président de la République à New-York.
Cette interview manquait singulièrement de pugnacité. Les Présidents changent, les présentateurs aussi, mais les interviews demeurent, à quelques exceptions près, conventionnelles et sans relief.
Comment en effet, accepter que les deux journalistes ne relèvent pas que le Président parle de « coupables » dans l’affaire Clearstream et non « d’inculpés ». » De la part de Nicolas Sarkozy, avocat de formation, ce n’est pas un lapsus mais une énorme gaffe.
L’éditorialiste de RTL voit dans cet oubli regrettable et, quand même assez grave,  » l’usage intensif de l’oreillette et le fait d’avoir le nez en permanence dans ses notes fait qui fait que l’on n’est pas toujours attentif aux réponses ! »
Et après Alain Duhamel qui « flingue » les deux journalistes, c’est au tour du syndicat SNJ-CGT de réagir. « Les deux journalistes, Laurence Ferrari pour TF1 et David Pujadas pour France 2, « se sont comportés comme des faire-valoir et non comme des journalistes chargés d’informer complètement les citoyens ». « A aucun moment ils n’ont apporté la moindre contradiction au président de la République. Ils ont posé des questions convenues pour servir l’hôte actuel de l’Elysée », poursuit le syndicat.

Le SNJ-CGT juge également « inconvenant de convoquer les journalistes à l’étranger pour traiter des affaires franco-françaises ». « Cette mascarade ne grandit ni la fonction présidentielle, ni la profession de journalistes », conclut-il.

Le chef de l’Etat a été, comme toujours dans ce type d’exercice, égal à lui-même dans la forme mais assurément pas dans le fond, du moins sur l’affaire Clearstream où Dominique Villepin est déjà sur l’échafaud.
Le Président avait face à lui, deux journalistes qui n’étaient pas à la hauteur de cette interview. Je le regrette d’autant plus que David Pujadas a de grandes qualités d’intervieweur mais hier, il était ailleurs ou peut-être conditionné par la volée de bois vert que s’est prise sa patronne. Arlette Chabot s’est fait remettre sèchement en place par le chef de l’Etat qui juge que le service public n’offre pas assez de bonnes émissions politiques. Chef de l’Etat ou directeur des programmes ?
S’agissant de la prestation de Laurence Ferrari, j’estime qu’elle n’est pas suffisamment compétente pour interviewer le président de la République. J’avais déjà souligné, comme Alain Duhamel, son empathie avec le chef de l’Etat. Il faut croire que cela continue. Je n’en dirai pas davantage.
En conclusion, je veux rappeler un principe journalistique que l’on a visiblement oublié dans notre pays. Ce n’est pas à l’Elysée de choisir qui doit interviewer le Président mais les chaînes elles-mêmes. En l’occurrence, cette fois ce n’est pas (tout à fait) l’Elysée qui a choisit. Arlette Chabot a adressé une demande à l’Elysée qui a répondu favorablement mais en précisant que l’interview se fera avec TF1. Pas de jaloux et …à prendre ou à laisser. C’est l’Elysée qui a la main et qui la garde.
J’ajouterai qu’il est temps désormais de casser ce sacro-saint principe de l’interview solennelle et convenue. Notre travail est de bousculer le Président pour obtenir des réponses concrètes. Je n’ai rien vu de cela hier. Nous étions plutôt dans le registre, je te pose une question, tu réponds ce que tu veux et je t’en une autre.
Je précise enfin qu’aborder les questions intérieures à New-York veille d’un sommet du G20 démontre notre manque d’ouverture et un total repli sur nous-mêmes.
Je vous invite, à ce propos, à relire mon article « Communiquer n’est pas informer » et « allégeance et courtisanerie un 14 juillet à l’Elysée ».

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