ARCHIVES: Frédéric Mitterrand ou l’apprentissage de la parole ministérielle

Frédéric Mitterrand vient de vivre une semaine terrible qui s’est soldée par une grande première au journal de 20 heures de TF1.
Je ne crois pas, en effet, me souvenir d’avoir assisté à une interview qui aborde aussi largement la vie privée d’un homme ou d’une femme politique. Il y a bien eu Dominique Baudis mais il était venu à l’époque tenter de dégonfler une rumeur. Souvenez-vous d’ailleurs comme il transpirait. La force de l’image est souvent destructrice à la télévision et elle produit l’effet inverse de ce que recherchait la personne venue s’expliquer. C’est un autre débat.
Le Ministre de la culture n’a eu d’autre choix que de venir dire à la télévision qu’il n’avait jamais pratiqué le tourisme sexuel. Il a été obligé d’afficher, devant plus de 8 millions de téléspectateurs, son homosexualité et affirmer avec force qu’il n’était pas pédophile. Je retiens de cette prestation l’image d’un homme blessé, agacé et même, en fin d’interview, dans une sorte de colère froide, quand Laurence Ferrari lui demande s’il sera dans l’Hémicycle si, un jour, le débat porte sur le tourisme sexuel.
Frédéric Mitterrand a eu raison de venir s’expliquer à la télévision. J’ai eu le sentiment qu’il était sincère mais je n’irai pas plus loin. Je me pose en simple téléspectateur et de plus, je n’ai pas lu son livre dans lequel il évoque le tourisme sexuel, la pédophilie,…
En revanche, je m’autorise deux remarques. La première concerne ses propos lorsque Roman Polansky a été arrêté en Suisse pour répondre devant la justice américaine d’une affaire de viol sur mineur vieille de 30 ans. La réaction de Frédéric Mitterrand n’a pas été à la hauteur des responsabilités qui sont aujourd’hui les siennes. Il aurait du garder une forme de réserve et de neutralité. Il s’est laissé emporté par une profonde et sincère amitié pour le cinéaste mais il est allé trop loin. C’est une faute. Ce n’est pas à un Ministre de la République de défendre une personne qui doit répondre devant un tribunal américain.
La deuxième remarque découle de la première. Ces propos excessifs sur Polanski on fait ressortir un livre paru en 2005, dont plus personne ne parlait et, pire, dont personne ne s’était ému à l’époque. Aujourd’hui, des extraits, c’est vrai assez ambigus, alimentent tous les journaux et il est impossible de les contrôler.
Les problèmes de Mitterrand ne s’arrête pas là puisque voici à présent que le 18 mars 2009, alors directeur de la Villa Médicis, il a écrit une lettre en faveur de deux adolescents qui allaient être jugés pour viol. Le Ministre s’en explique en affirmant qu’il a « apporté son témoignage sur la moralité d’une famille » mais cela commence à sentir sérieusement le roussis pour ce Ministre d’ouverture.
Cette succession de reproches, faux ou avérés, vont quoiqu’il arrive laisser des traces. Seul le Président de la République, représentant des français, doit prendre la décision qui s’impose: lui renouveler sa confiance ou le démissionner.

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