Le débat autour de la petite phrase de Brice Hortefeux, lors de l’université d’été de Seignosse, prend une ampleur incontrôlable et, de mon point de vue, exagéré. Le propos est actuellement commenté, disséqué, étudié,… sous toutes les coutures et chacun y va de sa petite analyse. Quand la machine médiatique s’emballe, il est un principe que j’applique systématiquement, celui qui consiste à revenir à la source.
Sur cette vidéo que s’est procurée Le Monde, le ministre de l’intérieur, Brice Hortefeux, pose pour la photo en compagnie d’un jeune militant, samedi 5 septembre, lors de l’université d’été de l’UMP à Seignosse, dans les Landes. “Il ne correspond pas du tout au prototype”, plaisante M. Hortefeux en référence à l’origine arabe du jeune homme, avant d’ajouter : “Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes.” Je vous laisse regarder et je reprends ensuite le fil de cet article.
C’est ensuite que cela devient plus compliqué car chacun avance son explication. A commencer par le militant UMP qui apparaît sur cette vidéo, interrogé par Le Monde.fr, ce dernier refuse d’y voir un dérapage et défend le ministre de l’intérieur : “Ça a été entièrement sorti du contexte. Mon secrétaire départemental blaguait avec le ministre parce qu’il parle auvergnat et c’est de là que c’est parti.” Visiblement énervé d’apparaître ainsi sur ces images, il affirme : “C’est honteux. Je suis arabe mais il m’a tout à fait respecté, ce n’était pas du tout mal placé. Et je ne considère pas que c’est un dérapage.”
Le ministre de l’intérieur, secoué par l’ampleur que prend son propos, s’est fendu d’un communiqué de presse qui “dénonce une vaine et ridicule tentative de polémique”. Selon le texte, la phrase de Brice Hortefeux – “Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes” – fait “référence aux très nombreux clichés qu’il venait de prendre avec la délégation auvergnate”.
Le communiqué précise que “pas un seul mot de Brice Hortefeux ne fait référence à une origine ethnique supposée d’un jeune militant”. Sur RTL et sur la chaîne d’information iTélé, le ministre a également assuré qu’il ne faisait “aucune référence à une quelconque origine ethnique”, mais parlait des Auvergnats. “Certains cherchent la polémique a tout prix”, a-t-il ajouté.
La vocation du journaliste est de relater les faits et plus que jamais d’avoir un peu de mémoire. En cela, je veux saluer le travail des journalistes de Rue 89 qui ont eu l’intelligence et le souci de rassembler deux précédents du Ministre, que je vous présente ici.
Le 15 janvier, jour de la passation de pouvoirs au ministère des Affaires sociales avec Xavier Bertrand, devant des journalistes, Brice Hortefeux dit à propos de la chargée de la Politique de la Ville, Fadela Amara :
« C’est une compatriote, même si ce n’est pas forcément évident, je le précise. »
Sourire crispé de l’intéressée, et rétropédalage de Hortefeux sur le même ton qu’aujourd’hui : évidemment, c’était de leur origine auvergnate partagée, qu’il parlait. Sur le plateau du Grand Journal, sur Canal +, Fadela Amara parle de simple « chambrage, comme on dit dans les cités » et nie avoir été « humiliée publiquement comme une bécasse ».
le 25 novembre 2007, quand on demande à Hortefeux sur le plateau de Capital, sur M6, s’il y aura « toujours des sans-papiers sur le territoire français », le ministre de l’Immigration répond :
« Ben si vous rêvez d’une société idéale dans laquelle il n’y aurait que des citoyens honnêtes, propres (…), la vérité c’est que c’est un combat permanent. »
Pour compléter cette argumentation, je reprends ici, cette information du Figaro qui affirme en s’appuyant sur des sources proches, que Nicolas Sarkozy aurait reproché à Brice Hortefeux “un excès de décontraction” dans son attitude à l’égard des militants UMP. Le président n’aurait pas apprécié que le ministre de l’Intérieur, mais aussi le président du groupe UMP de l’Assemblée, Jean-François Copé, “fassent les malins devant les militants.”
Sur cette base de faits et cette dernière source, je vous laisse juge. J’en profite néanmoins pour ouvrir un débat sur le “in” et le “off”. Il y a le discours officiel, toujours sous contrôle et mesuré, et il y a les paroles, libres et naturelles, quand les caméras ne sont pas là, ou que l’on pense qu’elle ne sont pas là. Notre travail de journaliste est de relater la vérité, en toute circonstance et de laisser le lecteur, l’auditeur, le téléspectateur, se faire seul, son opinion. c’est la raison pour laquelle, je vous fais grâce des commentaires de nos éditorialistes qui, chaque jour, du haut de leur tribune, dispense le bien et le mal, le vrai et le faux. Je préfère les faits. Rien que les faits. Les interprétations m’agacent quand elles proviennent de ceux qui se croient habiliter à nous faire la morale ou à nous dire ce qu’il faut penser. A bon entendeur…
