Archive for avril, 2010

L’information, c’est show

J’évoquais dans mon article précédent l’amalgame entre l’information et le divertissement dans les médias et je constate aujourd’hui combien le débat prend de l’ampleur.

L’article du journal Libération ce matin sur la chute en continu de CNN est une nouvelle illustration de ce phénomène. La célèbre chaîne d’information américaine voit son audience fléchir. En cause, le net et le succès d’une info spectacle pratiquée par ses concurrents. Le consommateur peut aujourd’hui choisir ses sources d’information partout sur le Net et plus exclusivement sur les médias traditionnels. Comment dans ce cas redresser la barre et reconquérir l’audience ? Vaste question à laquelle je ne saurais répondre. CNN va t-il devoir opérer un virage éditorial et ouvrir son antenne à une information plus divertissante, plus spectaculaire au risque de faire fuir les mordus de l’information ? La chaîne américaine devra t-elle ouvrir la porte à une information plus engagée ? Je le crains fortement. D’autant que sa concurrente, Fox News, qui a fait le pari d’être “ultra-engagée” se frotte actuellement les mains en regardant ses courbes d’audience.
Ce qui arrive aujourd’hui à CNN menace aujourd’hui nos chaînes d’informations en France. D’abord parce qu’il y en a trop : BFM TV, LCI, I-Télé, France 24, …Comment ses chaînes dont l’audience demeure confidentielle vont-elles pouvoir continuer à exister demain. Alain Weill pour BFM TV joue depuis des années la carte de la diversification et du rapprochement entre ses autres supports RMC ou La Tribune. LCI et I-Télé ont deux maisons mères dont l’assise financière permet de voir venir, mais jusqu’à quand. LCI ne figure pas sur la TNT et s’enfonce dans la confidentialité et I-Télé a beau attirer des présentateurs ou chroniqueurs vedettes, l’audience ne décolle pas.

Sur la base de ce constat, je me demande quelle est aujourd’hui la réflexion de ces responsables de chaînes. Doivent-ils s’évertuer à poursuivre dans une information dont le principe repose sur la rapidité à la donner, bien plus que la pertinence et l’analyse ? Ou doivent-ils copier le modèle Fox News avec ses talk-show populistes animés par des stars qui ne sont pas des journalistes.

J’ai la conviction que nous y allons tout droit. La radio a très largement commencé avec Guy Carlier ou Nicolas Canteloup. RTL avec Laurent Gerra ou le très contesté Eric Zemmour. Inter avec Stéphane Guillon. La télévision y vient gentiment : le Sarko info de Carl Zéro en est la plus parfaite illustration. D’autres suivent ou suivront. C’est écrit. L’information est promise à devenir de plus en plus spectacle et les journalistes intègres et soucieux de vérifier une information devront s’en accommoder. J’ai même la conviction que le 20 heures va changer de rythme et de contenu dans les prochaines années. Là aussi, la réflexion est engagée et le projet de changement radical mûrit doucement mais surement.

Faut-il retirer Guillon de la tranche info de France Inter ?

La question est sensible et elle devrait être tranchée dans les prochaines semaines. Stéphane Guillon qui fait chaque jour (ou presque) le buzz sur Internet avec son billet caustique devrait disparaître ou plus surement changer de case.

Cette décision, qui ne va pas manquer de faire réagir, pose une question à laquelle il est intéressant de réfléchir. La place d’un humoriste est-elle justifiée au milieu d’un journal d’information qui déverse chaque jour son lot de mauvaises nouvelles en tout genre ? Je n’ai pas une idée très arrêtée en la matière même si je reconnais que la question se pose.
A force de mélanger information et divertissement, on finit par se demander ce qui est vrai et ce qui est faux ou du moins parodié. Je sais les auditeurs suffisamment alertes pour ne pas faire l’amalgame, mais quand on voit la levée de boucliers des politiques on se dit que le discernement à tendance à disparaître. Alors, pourquoi ne pas séparer les genres… En clair, chacun à sa place. L’info d’un côté, le divertissement de l’autre. Cette décision stratégique et, j’ose le dire politique, est sur le point d’être prise par Philippe Val qui, en sortant Guillon de la tranche info se ménage des jours plus tranquilles. La fronde politique va s’estomper et personne ne pourra crier à la censure puisque Guillon sera toujours présent sur la grille. Le directeur des programmes pourra à nouveau dormir sur ses deux oreilles. Qui aurait pu imaginer une telle décision de Philippe Val qui, dans une autre vie, versé lui aussi dans le caustique, sans se soucier du quand dira t-on. Les temps changent et même les plus virulents s’assagissent.

URGENCE

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Urgence pratique:
Recherche : électricien pour rétablir le courant entre les gens qui ne se parlent plus, opticien pour changer le regard des gens, fossoyeur pour enterrer la hache de guerre, artiste pour dessiner le sourire sur tous les visages, maçon pour bâtir la paix et professeur de math pour réapprendre a compter les uns sur les autres.

La rumeur qui fait pschitt…

Le petit monde médiatico-politique parisien; vous savez celui qui fait la pluie et le beau temps sur les principaux supports d’information, s’est une nouvelle fois illustré avec ce qui pourrait être le titre d’un bon polar: “la rumeur”.
Cette rumeur s’est d’abord propagée dans les rédactions, il y a déjà plusieurs semaines. Des journalistes, dont je fais parti, l’ont relayé à la machine à café sur le ton: « il parait que…, t’es au courant ? »
Il faut savoir que, par définition, un journaliste est normalement bien informé. Là, en l’occurrence, il n’était rien d’autre que colporteur de rumeurs. Mais fort heureusement, les grands journalistes de notre profession se sont saisis du dossier pour recadrer tout le monde. Sans jamais, eux non plus, répondre aux questions les plus simples de notre profession (Qui ? Quand ? Où ? Quoi ? Pourquoi ?), ils ont fait leur grand numéro. Cette discussion qui n’aurait jamais du aller plus loin que la machine à café s’est retrouvée sur le devant de la scène. Le seul intérêt de lui donner une suite aurait été qu’elle devienne une information vérifiée. Et encore…nous touchons là à la vie privée. C’est un autre débat qu’il convient d’aborder avec la plus grande prudence…Un peu de mémoire: François Mittèrrand, père de Mazarine, met les moyens de l’Etat pour assurer la sécurité de sa fille mais ne révèle pas son existence et aucun journaliste ne se sent autorisé à en parler. Pierre Charron, le conseiller désavoué de Nicolas Sarkozy, évoque la théorie d’un complot, une machination financière et mentionne une enquête…Touchons-nous avec ces deux exemples à la vie privée ou à la vie publique ?

Face à la rumeur de la supposée infidélité du couple présidentiel, chacun de ces éminents confrères et consoeurs y est allé de sa petite leçon aux journalistes et aux politiques. Ces pères (ou mères) la morale, nous ont, une nouvelle fois, expliqué comment il fallait penser, ce qu’il fallait dire et ce qu’il fallait taire.
Que ces éditorialistes s’expriment du haut de leur tribune ne me gêne pas. Ils ne détiennent que leur vérité et les auditeurs et téléspectateurs ne sont pas jamais dupes. En revanche, je suis beaucoup moins à l’aise avec le travail journalistique nécessaire pour éclairer les français.

J’ai ni entendu, ni vu, ni lu aucun reportage de fond sur cette rumeur supposée. Aucun journaliste n’a, semble t-il, eu le temps ou le courage de vérifier les informations. C’est pourtant la base de notre métier. Ces questions restent donc en suspend: qui a propagé cette rumeur ? Comment et pourquoi ? Quelles sont les preuves qui permettent d’accuser telle ou telle personne ? Pourquoi l’épouse du chef de l’Etat dément qu’une enquête est en cours alors qu’une autre source officielle affirme le contraire ? Pourquoi a t-on évoqué une théorie du complot ? Pourquoi Rachida est passé en quelques heures de persona non grata à l’Elysée à “notre amie”. Aucun de mes confrères ne s’est lancé dans un reportage de fond. L’essentiel de ce que les français sont en droit d’attendre des journalistes sensés informer est resté sans réponse.

La machine médiatique s’est emballée et, comme d’habitude, cette rumeur a été servie jusqu’à la nausée.
La rumeur court et nous courrons tous derrière comme des idiots. Et pendant ce temps, un sondage l’affirme, les français sont quasi indifférents à ces rumeurs qui ne font qu’alimenter les discussions de bistrots. Eux, ils ont d’autres préoccupations comme celles de garder leur emploi, payer les études de leurs enfants ou remplir le caddie au supermarché. C’est sans doute basique comme démonstration mais la vérité échappe souvent au démonstration complexe ou au jus de crâne des maîtres à penser. J’en suis convaincu.

Pierre Lacombe http://www.facebook.com/home.php


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