
Archive for novembre, 2009
Patrick Sébastien entre en politique
Je suis assez partagé sur le projet de Patrick Sébastien qui nourrie l’ambition de créer un mouvement politique pour secouer nos dirigeants. Mon interrogation repose essentiellement sur sa stratégie. S’engage t-il dans un vrai souci de bousculer les politiques ou cherchent-ils une nouvelle tribune pour flatter son égo que l’on dit assez développé ? Je n’aime pas plus que ça l’artiste mais je lui reconnais du talent et de la générosité. On ne peut fédérer autant de personnes le samedi soir sans avoir une once de talent. Ceci étant dit, je reste perplexe sur l’avenir de ce mouvement qui, dans les prochains mois, va être sérieusement bousculé et chahuté. Si les premiers sondages vont dans le bon sens pour l’auteur du petit bonhomme en mousse, les « nettoyeurs » de la politique vont sortir de leur tanière. (Lire la suite…)
L’arroseur arrosé
Invité de l’émission “Ce soir ou jamais” sur France 3 ce mardi soir, l’écrivain et journaliste Eric Zemmour a vivement réagi à l’utilisation de son image dans le dernier film de Patric Jean “La domination masculine”, documentaire sur l’égalité entre hommes et femmes. Selon Eric Zemmour, les propos qu’il tient dans le film sont sortis de leur contexte. Il s’agit d’extraits d’une émission de la télévision suisse dans lesquels le journaliste politique semble justifier la violence masculine.
Eric Zémour qui s’insurge et cri au scandale me laisse songeur. Voilà un homme qui chaque samedi chez Ruquier bénéficie d’une fenêtre exceptionnelle pour distiller son venin et qui ne supporte pas que l’on puisse s’en prendre à sa noble personne. “Je suis sidéré (…) c’est des manœuvres de voyou, des manœuvres de terrorisme médiatique” déclare Eric Zemmour qui insinue vouloir poursuivre en justice le réalisateur du film.
Je me demande combien d’invités de Laurent Ruquier peuvent aujourd’hui tenir ce discours à son encontre. Ils sont nombreux mais eux, n’ont pas nécessairement une fenêtre de tir.
Je suis favorable à la libre expression à la télévision et jamais il ne me viendrait à l’idée, si j’en avais les moyens, de “censurer” Zémmour. Néanmoins, lorsque l’on ouvre la boîte de pandore, il faut en assumer les risques. Quand on tire à vue, avec parfois des arguments bancals, il y a parfois des retours de bâton. Ils peuvent être exagérés ou injustes, comme le sont, parfois, ceux de Zémmour.
Rama à l’insu de son plein-gré
La politique, qui soit dit en passant, n’est pas un métier mais un engagement, me déçoit chaque jour davantage. Un sentiment qui, je le crois, est partagé par des millions de français. Comment en effet comprendre ce qui se passe autour de Rama Yade, secrétaire d’Etat chargée des sports. Cette dernière revendique et défend son fief électoral dans les Hauts-de-Seine et voilà qu’on lui propose de faire ses valises pour aller explorer de nouvelles terres, en l’occurrence, le Val d’Oise. Ces calculs et autres magouilles électorales ont un effet dévastateur sur l’électeur qui doit se demander si l’on ne se moque pas de lui. En réalité, on ne se moque pas de lui, on l’ignore. Cette cuisine électorale démontre bien qu’il ne faut plus parler d’engagement en politique mais de carrière. Les ministres sont dévorés d’ambition et de dévotion pour plaire au chef.
Rama Yade est une victime de ce système. Elle est lâchée par le roi parce qu’elle défend la politique et ses convictions. Elle ne veut pas aller dans le Val d’Oise parce qu’elle est une élue des Hauts-de-Seine mais elle n’aura pas le choix. Elle y va où elle y va. Ce qui parait tomber sous le bon sens, s’identifier à son territoire, est interprété par le chef de l’Etat et ses dévoués comme une traîtrise. Mais dans quel monde vit-on.
Je suis convaincu que les français comprennent Rama Yade et sauront le faire savoir au moment opportun. Cette tambouille politicienne est le degré zéro de l’engagement au service des français.
J’ai pris l’exemple de Rama Yade mais j’aurais pu en prendre d’autres moins récents mais tout aussi significatifs. A droite et à gauche. Pour faire bonne mesure dans cet article, je citerai Vincent Peillon qui fut parachuté loin dans l’Est aux Européennes et Benoit Hamon qui se prend de passion pour les Yvelines.
Quand l’information rime avec communication
C’est une première qu’il convient de mettre en exergue. Les principaux syndicats de journalistes ont adressé hier une lettre ouverte commune au président de la République, Nicolas Sarkozy, où ils font état de la “situation extrêmement préoccupante” du secteur, tant au plan économique que s’agissant des conditions de travail. Selon les syndicats signataires de la lettre, 2300 journalistes “seraient venus gonfler les rangs des chômeurs”: “il n’est pas un jour sans qu’un journal, un hebdomadaire, une radio, une télévision licencie des journalistes en prétextant la crise économique.”
Je ne suis pas convaincu que la solution vienne de Nicolas Sarkozy mais plutôt de la profession elle-même. Il y a remise en question nécessaire que nous ne faisons pas. Au delà des enjeux économiques et des pressions des directions de groupes de presse, il est un fait avéré. Nous avons pris la très mauvaise habitude de nous marquer les uns les autres à la culotte. Le suivisme est devenu la règle et nous retire le recul nécessaire pour aborder une information avec le recul et la sérénité nécessaire. Je suis très inquiet de voir à quel point nous nous déplaçons tels des moutons sur un fait d’actualité qui n’en ai pas toujours un. Nous devons aujourd’hui, plus que jamais, renforcer notre vigilance pour distinguer une information d’une opération de communication. Regardez le suivisme bête et dangereux qui s’est produit sur le démantèlement de la “jungle de Calais” avec cette forêt de caméra pour entourer le Ministre de l’immigration.
Je défends l’idée d’en finir avec le suivisme, le spectaculaire, la communication. C’est sans doute là, le discours d’un idéaliste alors je m’en vais, pour atténuer cette réputation qui me gagne au fil de mes articles, proposer des solutions.
Il est urgent d’ouvrir le débat sur l’avenir de notre profession, en demandant, en effet, à l’Etat de garantir l’indépendance de notre profession. Des mesures sont possibles comme la garantie de pouvoir protéger nos sources ou de veiller à l’indépendance des rédactions. Je ne suis pas fondamentalement hostile à la nomination des dirigeants du service public par l’Etat mais je revendique la mise en place de garde fou pour garantir l’indépendance des journalistes. Il faut y réfléchir d’urgence.
Les autres solutions consistent à donner aux journalistes les moyens d’exercer leur profession. Aujourd’hui, nous réalisons des reportages en un temps record parce qu’il faut toujours aller plus vite sous peine d’être “grillé” par la concurrence. Que cette course effrénée s’engage dans les structures privées, je peux le concevoir, mais de grâce, pas dans le service public dont on attend un minimum de recul et de réflexion. La sanction de l’audience de nos journaux est devenue trop lourde à porter. Car réfléchissons un instant sur cette question: l’information doit-elle faire de l’audience ?
Faire de l’information est devenue un “business”. Si nous continuons à informer, nous ne faisons qu’effleurer. Il n’y a plus d’enquête, de recherche, de vérification,…excepté pour quelques journalistes qui, pour beaucoup, sont marginalisés.
Enfin, il est urgent de fédérer les journalistes autour de valeurs qu’ils ne retrouvent plus forcément dans le syndicalisme. Je milite pour la création d’une organisation neutre et indépendante pour la défense de notre profession. Elle serait dirigée par des journalistes ayant fait preuve tout au long de leur carrière d’une intégrité et d’un professionnalisme irréprochable. L’idée est lancée, il faudrait y réfléchir car je le dis , sans dratatiser, il y a urgence.



